Je m'ennuie tant ici. Ma mère ne cesse de me dire que les intrigues de Menzoberranzan ne sont pas encore de mon âge, et que la chasse n'est pas une tâche assez noble pour une femme. Qu'il faut laisser la politique aux adultes et l'ivresse de la traque aux mâles. Un jour, je serais moi aussi en mesure de diriger des troupes en l'honneur de la maison Baenre. Comme ma mère, je serais impitoyable, cruelle et belle. La reine déesse Lolth a tissé les fils de mon destin : les hommes plieront devant ma magie et ma beauté, et j'accomplirais de grandes choses pour ma famille et la Quar'valsharess.
En attendant, mon grand frère Hadarai ne cesse de me harceler. Il est fort et bien entraîné au maniement des armes. Hier encore, il m'a coupé si sévèrement que ma mère a du user de sa magie pour m'empêcher de me vider de mon sang. Je n'ai pas crié. Enfin, presque pas. Ma mère était fière de moi. Je hais ce frère ignorant. Sait il seulement que, comme tous ceux de son espèce il est destiné à servir une matriarche ? Que les hommes sont pitoyables ! Lolth ne les tolère que parce qu'ils assurent notre descendance. S'ils nous fallait vraiment des guerriers, nous pourrions tout aussi bien nous contenter de nos quaggoths ou de nos esclaves !
Je m'ennuie tant ! Depuis qu'on m'a surprise à vouloir empoisonner cette jeune impertinente Quelenna de la famille Faen Tlabbar, on m'a privée de sortie. Ma mère m'a longtemps sermonnée et n'a pas caché sa déception. J'aurais du être plus discrète. La prochaine fois, je me méfierais de leurs maudits semythals. Heureusement, rien n'a pu être prouvé et aucun membre de notre maison n'a été exécuté en représailles. A bien y réfléchir, j'ai beau haïr cette pimbêche qui prétend devenir la plus grande prêtresse de la reine déesse de tous les temps, il n'y aura probablement pas de prochaine fois.
Je m'ennuie, mais heureusement de nouveaux esclaves surfaciens sont arrivés hier. Je vais pouvoir jouer avec eux. J'en ai déjà tué un en expérimentant un nouveau sortilège, mais les autres ont survécus, et ont retenu la leçon je crois. Surtout ce jeune clerc, qui n'a pas tardé à renoncer à son hérésie pour je ne sais plus quel dieu faible et à embrasser le seul vrai culte. Naturellement, je vois bien qu'il n'en croit rien et qu'il planifie de s'enfuir. Mais en reniant sa foi et en se privant de ses pouvoirs divins il s'est passé lui même la corde au cou. Aucun d'eux ne réalise encore qu'on ne s'échappe jamais de Menzoberranzan. S'ils avaient été en mesure de fuir, ils l'auraient fait bien avant, lors de leur escale dans l'un de nos avant postes. Le genre d'aventure dont je n'ai pas souvenir qu'un seul surfacien se soit sorti vivant. Ces pauvres créatures, les humains surtout, ne sont pas préparées à vivre dans l'obscurité des Profondeurs. Le soleil les a rendu faibles et dépendants, à tel point qu'ils sacrifient la moitié de leur existence à dormir de peur d'être confrontés aux ténèbres.
Ils sont perdus ici, découvrant nos merveilles comme s'ils n'avaient jamais imaginé que nous puissions être plus évolués qu'eux. Comme si le fait de vivre sous leurs pieds nous rendaient forcément inférieurs, alors que c'est ainsi que nous avons pu nous rapprocher de la Quar'valsharess. Ils sont perdus, alors je leur enseigne ce dont ils auront besoin pour survivre ici et faire de bons esclaves. Ils doivent ne jurer que par moi, ne voir que moi, se battre pour être les premiers à répondre à chacun de mes caprices, et me protéger quoi qu'il leur en coûte, moi Silaqui Baenre.

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